Réparer le visible : quand la Cinémathèque Afrique interroge la mémoire coloniale
Un ouvrage collectif dirigé par Farah Clémentine Dramani-Issifou lève le voile sur les zones d'ombre et les enjeux de souveraineté d'une collection cinématographique héritée de l'ère coloniale.
Ce 17 septembre 2026 marque la parution de « Réparer le visible : La Cinémathèque Afrique, histoires d’une collection ». Coédité par Marest et l’Institut français, ce livre propose une analyse critique inédite sur la gestion et la conservation du patrimoine cinématographique africain en France, posant la question cruciale de la souveraineté sur les images.

Le 17 septembre 2026, le monde de la recherche cinématographique et les acteurs de la mémoire culturelle ont rendez-vous avec une publication majeure. Sous la direction de la chercheuse et commissaire d'exposition Farah Clémentine Dramani-Issifou, l'ouvrage Réparer le visible : La Cinémathèque Afrique, histoires d’une collection vient bousculer les certitudes sur la conservation des archives filmiques du continent africain. Loin d'être une simple célébration institutionnelle, ce livre, coédité par les éditions Marest et l'Institut français, s'impose comme une autopsie critique d'un fonds complexe, né dans les soubresauts de la décolonisation.
Une généalogie sous tension
Intégrée à l'Institut français en 2011, la Cinémathèque Afrique constitue aujourd'hui un fonds colossal de plus de 1 700 titres issus de 45 pays. Si cette collection est un outil précieux pour la diffusion du cinéma africain — avec plus de 600 films libres de droits pour une exploitation non commerciale — sa genèse demeure indissociable des structures de tutelle postcoloniale. Comme le souligne Farah Clémentine Dramani-Issifou, dont les travaux explorent régulièrement la « colonialité du visible », il est impératif de regarder en face cette double nature : celle d'un sauvetage patrimonial nécessaire et celle d'une logique de conservation centralisée en France.
L'ouvrage explore ainsi les tensions inhérentes à cette collection. Comment, en effet, concilier la préservation technique — notamment via le plan de restauration mené avec le CNC depuis 2018 — et l'exigence de souveraineté culturelle réclamée par les cinéastes et les archivistes du continent ? Le livre ne se contente pas de retracer l'histoire du fonds ; il interroge les conditions de circulation des images et la persistance des hiérarchies coloniales dans nos régimes contemporains de perception.
Vers une restitution des imaginaires
La démarche de Dramani-Issifou s'inscrit dans une réflexion plus large sur la restitution des artefacts et des mémoires. Pour la chercheuse, la question du patrimoine cinématographique est intimement liée à celle des collections d'archives créées à l'époque coloniale. « La question de la restitution des artefacts est intimement liée à celle des collections d’archives créées à l’époque coloniale, car elles jouent toutes les deux un rôle central dans le processus de reconstruction mémorielle », expliquait-elle récemment lors de ses travaux à la Villa Albertine.
En réunissant un collectif d'auteurs pour cet ouvrage, la directrice de publication ouvre un espace de dialogue nécessaire. Le lancement, prévu ce soir à la boutique parisienne Potemkine, sera l'occasion d'une table ronde animée par Manfred Long-Mbéppé, réunissant les contributeurs autour de ces enjeux brûlants. Il ne s'agit plus seulement de « montrer » le cinéma africain, mais de questionner qui détient le droit de regard, de restauration et de narration sur ces images qui constituent, pour beaucoup, la mémoire visuelle des indépendances.
Un enjeu pour la diaspora et le continent
Pour Savane Écho, cet ouvrage représente une étape charnière. Alors que les débats sur la restitution des biens culturels ont largement occupé l'espace public ces dernières années, le cinéma, en tant que patrimoine immatériel et technique, restait un angle mort. Réparer le visible vient combler ce vide en proposant une lecture décoloniale de l'archive. En mettant en lumière les mécanismes de pouvoir qui ont présidé à la constitution de cette collection, le livre invite à repenser les partenariats culturels non plus comme une simple coopération, mais comme un exercice de justice mémorielle.
En somme, ce livre est une invitation à déconstruire les récits officiels pour laisser place à une histoire plurielle, où les cinéastes africains et de la diaspora reprennent possession de leurs propres images. Une lecture indispensable pour quiconque s'intéresse à la vitalité et à la souveraineté des cultures africaines au XXIe siècle.
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