La Dérive des Bozos (3/3) : dérive ou épave ?
État des lieux du cinéma burkinabè — Entretien (3/3) avec Abdoulaye Dao
Le cinéma burkinabè est-il à la dérive ou à l'épave ? Abdoulaye Dao répond, entre virage et résilience. Dernière partie de l'entretien réalisé à Boromo par Koba Boubacar Dao.
Koba Boubacar DAO Écrivain – Critique littéraire 22 octobre 2026 2 min Mis à jour le 1 novembre 2026
Séquence 3/3 — État des lieux du cinéma : dérive ou épave ?
« Requiem pour le cinéma burkinabè ? »
Koba Boubacar DAO : Abordant la situation du septième art burkinabè, certains me disaient justement que vous parlez de La Dérive des Bozos, alors que le cinéma burkinabè lui-même serait à la dérive. Est-ce qu'on peut tenir un tel discours ? Le cinéma burkinabè est-il vraiment à la dérive ? Le critique Saidou Alceny Barry se demandait, si l'heure n'était pas au Requiem pour le cinéma burkinabè.
Abdoulaye DAO : Non, je ne crois pas. Ce n'est pas de la dérive. En fait, on peut dériver sans chavirer. On tangue, et puis on se redresse en se disant : « Attention, il faut reprendre le cap. » C'est ce cap qu'il faut fixer.
Il ne faut pas avoir peur de dériver, il faut avoir peur de chavirer. Le cinéma burkinabè ne dérive pas : il prend un virage. Il y a des vagues, ça tremble, mais il ne faut pas avoir peur. L'artiste ne doit pas avoir peur. S'il a peur, ce n'est pas un artiste. En réalité, il faut juste avoir peur d'avoir peur ! (Rires)
Koba Boubacar DAO : D'autres vont plus loin pour déclarer qu'il n'est pas question d'une simple dérive. Le cinéma burkinabè ne serait qu'une épave.
Abdoulaye DAO : Certes les deux situations évoquent la perte de contrôle ou la ruine. Elles désignent des réalités bien distinctes. Dans un cas comme dans l'autre, il y a une perte d'usage et de contrôle. Le sujet, qu'il soit une pirogue, un navire, un objet ou une personne, n'est plus maître ou maitresse de sa trajectoire ni de sa fonction initiale. L'origine est souvent accidentelle. Au sens figuré, une personne « à la dérive » ou « une épave » désigne un individu en détresse morale, physique ou sociale.
Koba Boubacar DAO : La dérive c'est l'action de dériver sous l'effet du vent ou du courant. Le mouvement est incontrôlé. La structure est généralement encore intacte et peut flotter ou s'avancer. La situation est réversible, car un navire en dérive peut être remorqué et réutilisé.
Abdoulaye DAO : S'agissant de l'épave, l'objet physique est détruit, abandonné ou hors d'usage, irréparable ou coulée. Il s'agit d'une situation irréversible. L'objet est définitivement hors d'usage.
« Les dessous du cinéma burkinabè »
Koba Boubacar DAO : Les Dessous du cinéma burkinabè est un film qui nous traduit une réalité à laquelle il faudrait tout de même faire face... En résumé, la dérive est un processus dynamique de perte de direction, tandis que l'épave est le résultat matériel et définitif d'une destruction ou d'un abandon. En le disant ainsi, je ne peux m'empêcher de penser à cet autre roman de Jacques Prosper Bazié : L'Épave d'Absouya...
Abdoulaye DAO : ... Le sort du cinéma burkinabè est bel et bien plus différent.
Alors que 18 heures 30 approche et que le crépuscule enveloppe doucement les feuillages trempés du Relais de Boromo, l'échange se conclut dans une sérénité complice. L'étape s'achève, mais la route du tournage et la promesse de faire revivre le roman ne font que commencer. Sur l'écran de la tablette que je tiens, défilent les pages du dossier de presse du projet... Après Boromo, il y aura Bitiako, Sékako, Petit Balé, Founzan, Bobo-Dioulasso, Banfora, Douna, Fabédougou, Samandeni ... (au Burkina Faso), Djenné et Mopti (au Mali), Niamey (Niger)...
Car, Guiédi, le vieux pêcheur bozo, « hanté par l'éclatement de sa famille, remonte le fleuve en quête du lien sacré brisé entre l'homme et l'eau. Son voyage devient une odyssée de mémoire et de réconciliation pour tout un peuple en dérive. »
Produit par Moustapha Sawadogo (IMAGI'NATION), il est présenté comme un « projet emblématique de la coopération culturelle au sein de l'Alliance des États du Sahel (AES) ».
« Le Gouvernement du Burkina Faso, à travers son mécanisme national de soutien au cinéma, a déjà manifesté sa confiance dans ce projet en lui accordant une contribution de 100 millions de francs CFA, couvrant une part importante de son financement, le budget global étant de 458 millions de francs CFA. »
Photos : © Marcel AHONDO Retour au début : La Dérive des Bozos (1/3) — 30 ans pour adapter le roman

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