Mati Diop, l'enfant d'Atlantique : un cinéma qui veille les disparus
De « Atlantique » à « Dahomey », la réalisatrice franco-sénégalaise invente une forme de film-fantôme.
Mati Diop ne filme pas l'histoire : elle veille ses fantômes. De l'étrange romance de jeunes ouvrières abandonnées à l'odyssée de restes royaux rapatriés, son cinéma écoute ce que le temps a englouti.

Un héritage assumé, repoussé
Petite-nièce de Djibril Diop Mambéty, Mati Diop aurait pu hériter d'un monde clos. Elle choisit l'inverse : disbursing entre documentaire, fiction et rêverie, entre le Sénégal et la France, entre l'héritage et l'invention. Sa caméra ne revendique pas, elle écoute.
Atlantique : la mer comme mémoire
Dans « Atlantique » (Grand Prix à Cannes 2019), des jeunes hommes de Dakar périssent en tentant la traversée. Mais le film ne suit pas leur tragédie : il suit ce qui reste — la fièvre, le souffle, la possession. La mer ne sépare pas les vivants des morts, elle les rapproche obstinément.
Dahomey : la voix des restes
Avec « Dahomey » (Prix de la mise en scène 2024), Diop filme le retour à Cotonou de vingt-six trésors royaux rapatriés depuis le musée du Quai Branly. L'idée géniale : faire parler l'un des objets, d'une voix grave et amère, qui raconte la nuit des réserves et se demande à qui elle parle désormais.
Filmer au plus près du manque
Le geste de Mati Diop, c'est de ne jamais combler le manque : de le laisser travaillant. Ses films ne célèbrent pas une diaspora retrouvée, ils montrent à quel point la retrouvée reste partielle. Dans cette retenue, c'est une éthique du cinéma qui se dessine : veiller, sans prétendre sauver.
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