Cinéma

60 ans après, l'Afrique libre n'a toujours pas libéré son cinéma

Soixante ans après les indépendances, l'Afrique a conquis sa liberté politique mais peine encore à gagner sa souveraineté narrative sur les écrans, où les récits occidentaux restent la norme et les films africains, l'exception.

2 janvier 2026 1 min Mis à jour le 30 septembre 2026
Festival de cinéma africain

Soixante ans après les indépendances, l'Afrique a conquis sa liberté politique mais peine encore à gagner sa souveraineté narrative sur les écrans. La domination culturelle s'infiltre aujourd'hui à travers les salles de cinéma et les plateformes comme Netflix, où les récits occidentaux restent la norme et les films africains, l'exception.

Hollywood impose des héros aux imaginaires globalisés : Marvel, Superman, Emily in Paris, ou même Black Panther, qui, malgré son esthétique afro-futuriste, reste une vision conçue et distribuée hors d'Afrique. Dans nos salles à Dakar, Abidjan ou Ouagadougou, les affiches américaines et françaises dominent, tandis que les cinéastes africains luttent pour le financement et la distribution.

Pourtant, un cinéma africain fort existe : Ousmane Sembène avec La Noire de…, Gaston Kaboré avec Wend Kuuni, Mambéty dans Touki Bouki, ou plus récemment Sissako (Timbuktu) et Mati Diop (Atlantique), primés à Cannes mais trop peu diffusés sur le continent.

Des remparts résistent encore, comme le FESPACO, temple où l'Afrique se raconte elle-même. Mais trop peu de films primés accèdent ensuite à un vrai circuit de salles africaines. Le problème n'est pas la création, mais l'après-film.

L'urgence est claire :

  • financer durablement nos productions,
  • créer des réseaux de salles africaines,
  • promouvoir des plateformes locales de streaming,
  • former aux métiers du cinéma sur le continent,
  • sous-titrer dans les langues africaines pour toucher tous les publics,
  • et utiliser les réseaux sociaux pour propulser nos récits, pas les imiter.

Le cinéma africain doit cesser d'être un décor et devenir un rôle principal, un miroir, pas une fenêtre à sens unique.

Conclusion

Le cinéma forge les imaginaires. Tant que l'Afrique ne diffusera pas massivement ses propres images, elle restera spectatrice de son destin culturel. Il est temps de reprendre la caméra, reprendre le récit, et replacer l'identité au cœur de l'écran.

Partager :

À lire aussi

Réparer le visible : quand la Cinémathèque Afrique interroge la mémoire colonialeCinéma

Réparer le visible : quand la Cinémathèque Afrique interroge la mémoire coloniale

Ce 17 septembre 2026 marque la parution de « Réparer le visible : La Cinémathèque Afrique, histoires d’une collection ». Coédité par Marest et l’Institut français, ce livre propose une analyse critique inédite sur la gestion et la conservation du patrimoine cinématographique africain en France, posant la question cruciale de la souveraineté sur les images.

Rédaction Savane Écho17 septembre 2026
L'Écran-Miroir : Quand le FIFDA Redessine les Cartographies de l'Imaginaire NoirCinéma

L'Écran-Miroir : Quand le FIFDA Redessine les Cartographies de l'Imaginaire Noir

Du 4 au 6 septembre 2026, les salles du CGR Paris Lilas et du Cinéma Saint-André des Arts deviennent les poumons d'une respiration culturelle globale. Pour sa seizième édition, le Festival International des Films de la Diaspora Africaine (FIFDA) déploie une programmation d'une densité rare, où la mémoire coloniale, les luttes contemporaines et les réinventions identitaires se croisent. Entre avant-premières européennes et récits intimes, le festival s'affirme comme un espace de souveraineté narrative pour les cinéastes d'Afrique et de ses diasporas, bien décidés à raconter le monde selon leur propre prisme.

Rédaction Savane Écho6 septembre 2026