60 ans après, l'Afrique libre n'a toujours pas libéré son cinéma
Soixante ans après les indépendances, l'Afrique a conquis sa liberté politique mais peine encore à gagner sa souveraineté narrative sur les écrans, où les récits occidentaux restent la norme et les films africains, l'exception.

Soixante ans après les indépendances, l'Afrique a conquis sa liberté politique mais peine encore à gagner sa souveraineté narrative sur les écrans. La domination culturelle s'infiltre aujourd'hui à travers les salles de cinéma et les plateformes comme Netflix, où les récits occidentaux restent la norme et les films africains, l'exception.
Hollywood impose des héros aux imaginaires globalisés : Marvel, Superman, Emily in Paris, ou même Black Panther, qui, malgré son esthétique afro-futuriste, reste une vision conçue et distribuée hors d'Afrique. Dans nos salles à Dakar, Abidjan ou Ouagadougou, les affiches américaines et françaises dominent, tandis que les cinéastes africains luttent pour le financement et la distribution.
Pourtant, un cinéma africain fort existe : Ousmane Sembène avec La Noire de…, Gaston Kaboré avec Wend Kuuni, Mambéty dans Touki Bouki, ou plus récemment Sissako (Timbuktu) et Mati Diop (Atlantique), primés à Cannes mais trop peu diffusés sur le continent.
Des remparts résistent encore, comme le FESPACO, temple où l'Afrique se raconte elle-même. Mais trop peu de films primés accèdent ensuite à un vrai circuit de salles africaines. Le problème n'est pas la création, mais l'après-film.
L'urgence est claire :
- financer durablement nos productions,
- créer des réseaux de salles africaines,
- promouvoir des plateformes locales de streaming,
- former aux métiers du cinéma sur le continent,
- sous-titrer dans les langues africaines pour toucher tous les publics,
- et utiliser les réseaux sociaux pour propulser nos récits, pas les imiter.
Le cinéma africain doit cesser d'être un décor et devenir un rôle principal, un miroir, pas une fenêtre à sens unique.
Conclusion
Le cinéma forge les imaginaires. Tant que l'Afrique ne diffusera pas massivement ses propres images, elle restera spectatrice de son destin culturel. Il est temps de reprendre la caméra, reprendre le récit, et replacer l'identité au cœur de l'écran.
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