Littérature

Tall Rosalie Adama : quand la poésie formait les citoyens

Appris par cœur dans les écoles primaires du Burkina Faso, le poème « Si j'étais… » de Tall Rosalie Adama n'était pas seulement un exercice de récitation : il portait une vision du monde, une éthique et un projet de société.

Rédaction Savane ÉchoRédaction Savane Écho 28 mars 2026 2 min Mis à jour le 1 novembre 2026
Tall Rosalie Adama, poétesse du Burkina Faso
Si j'étais la pluie,
J'arroserai le monde entier,
Je viendrai en Afrique,
Pour faire pousser le mil
Si j'étais le peintre,
Je prendrai mon pinceau,
Je dessinerais un oiseau,
Mais je ne dessinerai pas la cage,
Si j'étais un arbre,
J'étalerais mon ombre,
Je donnerai mes fruits
Et je reverdirai le Burkina Faso

TALL Rosalie Adama

Dans les années où Thomas Sankara rebaptise la Haute-Volta en Burkina Faso, l'école devient bien plus qu'un simple lieu d'apprentissage. Elle se transforme en un véritable outil de transformation sociale.

Pour comprendre la portée du poème « Si j'étais… », il faut le replacer dans ce contexte. Contrairement aux anciens manuels comme Mamadou et Binéta, les nouveaux supports pédagogiques naissent dans le sillage de la révolution d'août 1983. Une réforme éducative ambitieuse est alors engagée, avec un objectif clair : faire de l'école un instrument au service du changement.

Les textes proposés aux élèves ne sont pas neutres. Ils portent une vision. Celle d'un citoyen nouveau, conscient, engagé et profondément attaché à son pays. Le poème de Tall Rosalie Adama s'inscrit pleinement dans cette dynamique. Une poésie simple, mais jamais naïve.

Apprendre à donner, dès l'enfance

« Si j'étais la pluie, j'arroserai le monde entier… » Dès les premiers vers, le ton est donné. L'enfant ne doit pas seulement apprendre à lire ou réciter : il doit apprendre à servir. La pluie nourrit, l'arbre donne ses fruits, l'ombre protège. Chaque image propose un modèle de comportement. On ne grandit pas pour soi, mais pour les autres.

Refuser la cage : une leçon de liberté

« Je dessinerais un oiseau, mais je ne dessinerai pas la cage. » Cette phrase, simple en apparence, est peut-être la plus puissante du poème. Elle enseigne, dès le plus jeune âge, le refus de l'enfermement, le rejet de toute domination et l'amour de la liberté. Dans un pays qui vient de redéfinir son identité, cette image agit comme une initiation douce à la conscience politique.

Une école au service d'un projet de société

Le vers final résonne comme une promesse : « Je reverdirai le Burkina Faso. » Il ne s'agit plus seulement d'imaginer, mais de s'engager. À travers ce poème, l'école burkinabè de l'époque ne se contentait pas de transmettre des savoirs. Elle façonnait une génération appelée à reconstruire le pays, nourrir la terre et défendre la dignité nationale. La poésie devenait un outil discret, mais puissant, de transformation.

Une mémoire à revisiter

Aujourd'hui, relire Tall Rosalie Adama, c'est se souvenir d'un moment où la littérature scolaire portait une ambition collective. Une époque où réciter un poème, c'était déjà commencer à devenir citoyen. Dans ce poème, il n'y a ni colère, ni revendication directe. Tout passe par l'image, la douceur, la suggestion. Et pourtant, le message est clair : on peut changer un pays en commençant par l'imaginaire de ses enfants.

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