Mami Wata à l'écran : l'esprit de l'eau qui inonde le cinéma
De la sirène des lagunes à la déesse des films d'auteur, une figure traverse le continent, jusque sur pellicule.
Mami Wata, esprit aquatique honoré de l'Afrique de l'Ouest aux Caraïbes, n'en finit pas de hanter les images. Comment le cinéma se l'approprie-t-il, entre vénération et invention ?

Une figure qui circule
Mami Wata n'appartient à personne. Présente des rivages du Bénin à ceux du Nigeria, du Cameroun aux Antilles, elle est sirène, mère, séductrice, maîtresse des richesses et des noyés. Le cinéma africain, qui aime les figures fuyantes, s'en empare souvent sans la figer.
Filmer l'à-venir
Le court métrage nigérian « Mami Wata » (C.J. « Fiery Obi », 2023) offre une lecture en noir et blanc presque muette, comme une fable. D'autres l'abordent en documentaire : le rite de possession devient scène, et la scène retourne au rite. Le cinéma, ici, ne neutralise pas le sacré, il le rejoint.
Une érotique de l'eau
Chez Mami Wata, l'eau n'est pas qu'arrière-plan. Elle est désir, économie, oubli. La mer porte les marchandises ; elle avale aussi les migrants. Les films qui l'invoquent surgissent toujours à l'intersection du beau et du funeste — ce qu'on adore, on risque de s'y perdre.
Une fable pour aujourd'hui
Réinterroger Mami Wata, c'est se demander qui sont nos divinités de la traversée. À l'heure où des jeunes gens se jettent à l'eau pour atteindre l'Europe, l'ancien esprit rappelle que la mer n'a jamais été neutre : elle sépare et rassemble, engloutit et rapporte. Le cinéma le sait, qui la filme debout dans le clapotis.
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