BOUBACAR BORIS DIOP HONORÉ PAR KIGALI Un Lifetime Achievement Award pour une œuvre africaine majeure
Le Lifetime Achievement Award des Radiate Rwanda Awards saluera, le 6 novembre à Kigali, une œuvre au service de la mémoire et des langues africaines.
L'écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop recevra le 6 novembre 2026 à Kigali le Lifetime Achievement Award des Radiate Rwanda Awards, pour l'ensemble d'une œuvre consacrée à la mémoire et aux langues africaines.

L'écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop vient d'être désigné lauréat du Lifetime Achievement Award des Radiate Rwanda Literary Excellence Awards. Cette distinction salue l'ensemble d'un parcours consacré à la littérature, à la mémoire africaine et à la défense des langues du continent. Le prix lui sera remis le 6 novembre 2026 à Kigali.
Le nom de Boubacar Boris Diop s'ajoute ainsi à ceux des grandes voix de la littérature africaine distinguées par les Radiate Rwanda Awards. Pour cette troisième édition, les organisateurs ont choisi de décerner directement à l'écrivain sénégalais le Lifetime Achievement Award, une récompense destinée à honorer l'ensemble d'une carrière.
Contrairement aux quatre autres catégories (jeune écrivain rwandais, écrivaine rwandaise, écrivain rwandais et écrivain africain), dont les lauréats, choisis par un jury de cinq personnalités rwandaises, seront dévoilés lors de la cérémonie, ce prix relève d'une nomination directe de Bridgevision, l'organisation à l'origine des Radiate Rwanda Awards. Selon les informations publiées par SenePlus et reprises par d'autres médias sénégalais, cette distinction entend reconnaître l'ampleur de son œuvre et sa contribution à la littérature africaine.
L'édition 2026 est organisée en partenariat avec l'AmCham Rwanda, avec le soutien notamment d'UNESCO Rwanda. Les organisateurs souhaitent aussi faire de ces prix un rendez-vous contribuant à l'essor de Kigali comme pôle littéraire africain.
Boubacar Boris Diop, une voix majeure des lettres africaines
Né à Dakar en 1946, Boubacar Boris Diop est romancier, essayiste, dramaturge, journaliste et scénariste. La Bibliothèque nationale de France le répertorie notamment comme auteur, journaliste, romancier, auteur dramatique, essayiste, scénariste et acteur.
Son parcours littéraire commence avec Le Temps de Tamango, publié en 1981. Suivent Les Tambours de la mémoire en 1990, Les Traces de la meute en 1993 et Le Cavalier et son ombre en 1997. Larousse souligne chez lui une écriture nourrie par l'oralité et une volonté de renouveler les formes du roman africain.
En 1990, il est le premier lauréat du Grand Prix du Président de la République du Sénégal pour les Lettres. Le Cavalier et son ombre reçoit le Prix Tropiques en 1997. En 2000, l'Association des écrivains de langue française lui attribue le Grand prix littéraire d'Afrique noire pour l'ensemble de son œuvre.
« Murambi », le livre qui l'a lié durablement au Rwanda
En 1998, Boubacar Boris Diop participe, aux côtés de dix autres écrivains africains, au projet « Rwanda : écrire par devoir de mémoire ». L'initiative vise à faire de la littérature un espace de témoignage et de réflexion sur le génocide perpétré contre les Tutsi en 1994.
De cette expérience naît Murambi, le livre des ossements, publié en 2000 et réédité dans une version enrichie en 2011. Le roman devient l'une des œuvres majeures consacrées à la mémoire du génocide. Le Neustadt Prize rappelle qu'il est directement inspiré du séjour de l'écrivain au Rwanda.
Le livre fait connaître Diop bien au-delà du monde francophone. Toni Morrison l'avait qualifié de « miracle », et il figure parmi les cent meilleurs livres africains du XXe siècle retenus par la Foire internationale du livre du Zimbabwe.
Vingt-huit ans après ce séjour, c'est donc à Kigali que son parcours est salué, dans la ville où il avait puisé la matière de l'une de ses œuvres les plus importantes.
Une bibliographie qui traverse histoire, mémoire et identité
L'œuvre de Boubacar Boris Diop comprend des romans, des essais, du théâtre et des textes consacrés aux grandes questions politiques et culturelles africaines.
Parmi ses principaux romans figurent Le Temps de Tamango, Les Tambours de la mémoire, Les Traces de la meute, Le Cavalier et son ombre, Murambi, le livre des ossements, L'Impossible Innocence et Kaveena.
Côté essais, on lui doit notamment Négrophobie, écrit avec Odile Tobner et François-Xavier Verschave, L'Afrique au-delà du miroir, ainsi que La Gloire des imposteurs : Lettres sur le Mali et l'Afrique, écrit avec Aminata Dramane Traoré.
Du français au wolof : une autre conception de la littérature africaine
L'une des évolutions les plus significatives de son parcours est le choix d'écrire en wolof, sa langue maternelle. En 2003 paraît Doomi Golo, son premier roman en wolof, qu'il traduit lui-même en français sous le titre Les Petits de la guenon (Philippe Rey, 2009).
Son deuxième roman en wolof, Bàmmeelu Kocc Barma, paraît aux éditions EJO en 2017. Traduit par l'auteur, il devient Un tombeau pour Kinne Gaajo (Philippe Rey, 2024). Diop y revient sur la mémoire du Joola, le ferry sénégalais dont le naufrage en 2002 a fait de très nombreuses victimes. La littérature y fait ressurgir des mémoires individuelles et collectives menacées par l'oubli.
Ce choix dépasse son travail d'écrivain. Il a fondé en 2016 les Éditions EJO, consacrées notamment aux textes en langues nationales sénégalaises, et il est à l'origine de la collection Céytu, qui fait traduire en wolof des œuvres majeures de la littérature mondiale, dont celles de Mariama Bâ, Aimé Césaire et J. M. G. Le Clézio. Il a lui-même traduit en wolof Une saison au Congo d'Aimé Césaire.
Il a également créé Lu defu waxu, présenté par le Neustadt Prize comme le premier hebdomadaire en ligne entièrement en wolof, et enseigné cette langue à l'Université Gaston-Berger de Saint-Louis.
Une consécration internationale avant Kigali
Ce prix s'inscrit dans une trajectoire déjà jalonnée de distinctions. En 2019, Dickinson College lui décerne le Harold and Ethel L. Stellfox Award pour l'ensemble de son œuvre. En 2022, il reçoit le Neustadt International Prize for Literature, décerné par World Literature Today et l'Université de l'Oklahoma. Le Neustadt Prize le présente comme l'un des romanciers, dramaturges et essayistes africains les plus importants de sa génération, et salue Murambi, son travail en wolof et son engagement éditorial autour des langues africaines.
De Murambi à Kigali, le cercle de la mémoire
Il y a une cohérence particulière entre ce parcours et la distinction qui lui sera remise. En 1998, Diop se rend au Rwanda pour écrire sur une tragédie qui a profondément marqué le pays, et Murambi en est né. Vingt-huit ans plus tard, Kigali honore l'ensemble de sa carrière.
Entre-temps, l'écrivain a poursuivi une œuvre traversée par la mémoire historique, les blessures du continent, l'identité, les langues africaines, la transmission et la responsabilité de l'écrivain face à son époque. Une œuvre qui relie depuis des décennies le Sénégal, le Rwanda et, plus largement, les différentes expressions de la littérature africaine.


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